1986 • Vidéo VHS • 30’
avec Angela Allegrezza, Denis Gardarin, Arnold Pasquier
Une salle d’attente, un marché au poisson, le port, la plage, pour une traversée amoureuse de Senigallia, Italie. Le premier film.
Extrait de la conférence "Ce que l'architecture me fait", présentée à l'école d'architecture de Paris-Belleville, le jeudi 28 mars 2019.
"Je débute par un film que je considère comme être mon premier, même s’il est précédé de quelques courts métrages tournés en Super 8 et en VHS lorsque j’étais au lycée. Angela, Denis et moi est tourné en 1986 à Senigallia, une ville de la région des Marches, en Italie.
Je dois le projet de ce film à une injonction de ma professeure d’art plastique et de cinéma du lycée de Montgeron — Françoise Parfait — qui nous avait interpellés en nous invitant à réaliser un film pendant les vacances d’été. Je l’ai pris au mot et j’ai loué, un matin, à Riccione, une caméra VHS. C’est un journal de voyage ponctué de moments de fictions. Il a été tourné dans une ville des Marches — Senigallia — que j’avais découvert l’année précédente à l’occasion d’un séjour en compagnie d’amis français. C’est cette année-là que je rencontre une jeune femme, Angela Allegrezza, que vous allez voir marcher avec Denis Gardarin dans les galeries d’un marché communal, construit au XIX° siècle, le Foro Annonario.
Il s’agit donc d’un plan séquence qui suit, en une seule prise, un couple qui marche (l’ensemble du film est tourné en montage-caméra). Je fais des expérimentations un peu hasardeuses de cadre en suivant le déplacement de mes amis, puis je le rétablis et je les accompagne le long de ces galeries. Aujourd’hui, j’estime que mon cinéma tient dans ce plan : mettre en mouvement, accompagner, suivre un déplacement, composer une relation entre un lieu et des corps. L’architecture n’est sans doute qu’un décor, mais ce marché m’a été indiqué par Angela car elle y a posé pour des photographies de mode. J’engage par ce plan — outre le portrait dans une marche de mes amis — un « relevé cinématographique » de la caractéristique principale de ce marché. C’est une scène sentimentale où je reviendrai régulièrement. L’architecture me vient alors, d’abord, d’un désir de filmer les corps et ce lieu, ce marché, gardera, conservera, déploiera pour toujours la possibilité de les faire apparaitre. Ce n’est pas sans évoquer le principe de la « Machine de Peur », ce dispositif scénique pour faire apparaître les fantômes, que les étudiants de Paris-Belleville ont conçu et qui est installé dans la mezzanine de l’école."
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