108' • France • 2023 • Couleur
Diffusion Arte [La Lucarne], vendredi 20 octobre 2023, (puis en replay)
un film de Vincent Dieutre
avec Dino Koutsolioutsos, Vincent Dieutre, Eva Truffaut, Jean-Marc Barr, Nelson Bourrec Carter, Geoffrey Carey, Darrell Davis, Laurie Karp, Keja-Ho Kramer, Elina Lowensohn, Kate Moran
Image Arnold Pasquier • Montage Matthias Bouffier • Conception sonore Jean-Marc Schick • Son Romain Cadhilac • Mixage son Nathalie Vidal • Textes Stéphane Bouquet, Bruce Bégout • Producteur Stéphane Jourdain • Berlinale 2023, Forum
Découverte d’un Los Angeles sous pandémie par le cinéaste Vincent Dieutre, sur les traces d’un ancien amour. Entre road-movie et journal de bord, une méditation sur l'époque telle qu’elle chute.
Grand amoureux de New York et de la contre-culture américaine des années 1970, Vincent Dieutre n’avait encore jamais visité la Californie. Cette fois, il choisit Los Angeles pour décor de son nouvel essai, filmé pendant la pandémie et nourri par ses retrouvailles via Facebook avec un ancien amant, quarante ans après leur brève rencontre dans un bar gay de New York en 1981. En voiture, le cinéaste erre dans la ville-générique. Invitation à la méditation posturbaine, sa traversée devient aussi prétexte à un regard rétrospectif sur les discours nihilistes et catastrophistes de sa génération, quand lui trouve aujourd'hui dans la poésie un horizon d'espoir. Dans un petit théâtre désaffecté, du côté des anciens studios de Hollywood, nommé The End, Poetry Lounge, la parole vivante des poètes circule clandestinement, tandis que l’auteur et son ancien amant, en quête de sens, s'y réfugient parfois. Mais le “No Future” de sa jeunesse semble s'être radicalement concrétisé dans une Cité des anges à peine sortie du confinement. Dans la ville immense et fantomatique, la vie n'est plus qu'une boucle sans fin en attente de catastrophe, où la nature reprend ses droits : des bougainvillées repoussent sur les garages abandonnés, les serpents à sonnettes se nichent dans les terrains vagues, piscines et poubelles, et le désert gagne sur les friches menacées d'incendie.

L’état du monde
Inscrit dans la pratique cinématographique diariste “autofictionnelle” de son auteur, This Is the End imbrique étroitement le quotidien et l'intime avec sa perception de l'état du monde, à une époque charnière, celle de la pandémie. Un journal de voyage qui revisite Los Angeles à travers un riche matériau de textes, de sons et d’observations, dessinant en creux une réflexion sur le cinéma.
Pendant la pandémie, le cinéaste se rend à Los Angeles, qui n'est pas étrangère au spectacle et au désastre. Sous le signe d'Hollywood, le mouvement permanent est de rigueur : ne jamais s'arrêter, ne jamais regarder de trop près, ne jamais développer le sentiment d'être ici. Depuis la sécurité de la Ford Mustang, de longs travellings permettent d'observer la ville, dont les surfaces chatoyantes renvoient au cinéaste sa propre perspective, façonnée par la critique culturelle. Les vides diagnostiqués par Baudrillard et Bégout, les connexions manquantes, l'absence de sens, la fin du monde qui a peut-être déjà eu lieu, semblent étonnamment excitants à travers les yeux fatigués de l'Ancien Monde : une histoire d'amour vieille de 40 ans est ravivée, les mouvements de l'amour tombent dans le flux frais du temps, les coyotes conquièrent les jardins, les serpents nagent dans les piscines. Un chœur d'acteurs se partage des poèmes apocalyptiques de E. E. Cummings, Ocean Vuong, Claudia Rankine et d'autres encore ; ces voix du Nouveau Monde interrompent le commentaire français. Et deux corps septuagénaires de deux mondes disparus se synchronisent tendrement avec le cinéma des attractions.
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